Qu’est-ce qui peut motiver un voyage en France pour un associé de recherche basé en Angleterre et intéressé par les problématiques d’injustices épistémiques et de décolonisation des universités de l’espace francophone d’Afrique ?
C’est la question à laquelle cet article apporte une réponse.
Motifs du voyage
En effet,
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- à l’heure où le monde assiste à une forte dénonciation du « sentiment anti-français » qualifié par des panafricains et certains scientifiques africanistes de « sentiment anticolonial » ;
- à l’heure où les débats autour la restitution des œuvres d’art continuent de se tenir toujours en lien avec la décolonisation en Afrique ;
- à l’heure où encore, une bonne partie de la mémoire de l’art, de la culture et particulièrement de l’histoire de l’éducation de l’Afrique francophone se retrouve en France ;
- à l’heure où beaucoup de « grands » auteurs ayant écrit sur l’Afrique francophone résident en France ;
Il est important de faire un tour en France pour découvrir, pour lire, se ressourcer, échanger avec les chercheurs et universitaires ayant une bonne connaissance des thématiques qui sont au centre de mes travaux actuels.
Quelques découvertes en France
Dans un premier temps, j’ai pu comprendre que plusieurs villes honorent la mémoire de leurs martyrs à l’image des statues ou des inscriptions murales de Gentilly où j’étais logé. Ce qui me fait dire que cette dernière est une ville de reconnaissance.


Paris, à la rencontre des cultures pour me cultiver
En passant de la Sorbonne au musée du quai Branly, sans oublier la maison d’édition L’Harmattan et la Bibliothèque nationale – François Mitterrand, j’ai beaucoup appris de tout ce que j’ai vu, lu et entendu des scientifiques rencontrés. Les livres lus, qu’il s’agisse d’Éduquer en pays dominé (Afrique, Amériques, Europe) sous la direction de Franck Collin, Jean Moomou et Caroline Séveno (2019), ou de l’Enseignement en Afrique noire francophone, La catastrophe de Paul J.M. Tedga (1985) m’ont permis de mieux appréhender les problématiques éducatives actuelles de l’Afrique. Je m’aperçois donc que l’école perçue comme un véhicule des représentations et imaginaires de légitimation de la domination coloniale est fortement critiquée ; que l’université, héritage et esclave des objectifs coloniaux est remise en cause dans ses contenus et sa structure…
Musée du quai Branly : œuvres d’art ou biens spirituels ?
La question de la nature des merveilleuses œuvres de ce musée interpelle le processus de restitution en cours en France. Car, la beauté du musée réside dans les biens d’ailleurs. Cependant, au carrefour de mon monologue inspiré par le musée, sur la décolonisation et de ma curiosité de découvrir l’Afrique cultuelle et culturelle à travers les œuvres ; j’ai pu saluer avec respect le « egungun » de mon pays le Bénin, en grandeur nature. Qu’est-ce qui est restitué ? Qu’est-ce qui sera restitué comme œuvres d’art ? La question reste posée.
Egungun du Bénin au musée du quai Branly de Paris
Mon coup de cœur à Paris
J’ai eu des échanges très fructueux avec Dr Aimé Hounzandji au sujet de son livre Une université nationale en Afrique occidentale. Dahomey- Bénin, 1944-1974. J’ai pu comprendre que derrière la volonté de la création de l’Université du Dahomey se cachait les mécanismes de lutte pour la souveraineté nationale du Bénin.
Enfin, j’ai échangé avec Amzat Boukari, un homme de science ayant une grande connaissance des questions de la décolonisation et de la françafrique. Il a partagé avec moi ce qu’il pense être utile de faire. L’éducation est cœur du processus et il faut :
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- décoloniser l’histoire des sciences sociales enseignées en Afrique ;
- revoir les périodisations de référence des sciences ;
- repenser le point zéro de l’histoire des sciences africaines ;
- envisager la déconstruction de la tradition coloniale pour une décolonisation de l’éducation ;
- œuvrer pour une liberté académique et une diffusion des travaux africains ;
- penser à la création des universités panafricaines en Afrique ;
- etc.
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Paris n’a pas été un voyage de plus, mais une expérience enrichissante qui m’a permis de toucher du “dehors” le “dedans” des maux actuels de l’éducation en Afrique.
Merci beaucoup pour le compte rendu cher professeur
Au plaisir de vous lire, professeur.