Colloque, Abomey-Calavi, Janvier 2024

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CFP: Universités et étudiant.e.s en Afrique : dynamiques, discours et représentations 

CFP ENGLISH TRANSLATION AVAILABLE HERE

11 – 13 janvier 2024, Université d’Abomey-Calavi – Bénin

 

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Veuillez noter que le projet AFRIUNI prend en charge les frais d’inscription au colloque
 

L’université d’Al Quaraouiyine (au Maroc actuel) est l’ancêtre le plus reculé des universités du monde, avec ses premières constructions qui datent du IXème siècle.  En Afrique au sud du Sahara, l’histoire de Sankoré, important centre d’éducation à la religion et à l’art de vivre de la ville de Tombouctou, situe au XIVème siècle les expériences lointaines de ce que la modernité désigne aujourd’hui par université dans le monde et, donc, en Afrique. Sur le continent, progressivement ouvert aux influences des autres mondes, les universités sont apparues, sous le modèle occidental, bien plus tard, au XXème siècle, dans les années 1940 pour certaines, 1960 ou 1970 (ou plus tard) pour d’autres.  

Même si la majorité de ces établissements n’ont pas encore un siècle d’âge, les universités africaines sont bien présentes au rendez-vous de la production du savoir et de la diffusion du discours scientifique. Et si elles sont le sujet du discours savant, les institutions africaines d’enseignement supérieur en sont aussi l’objet. Des études sur l’université s’attachent à mettre en exergue l’influence que les mouvements et positionnements des acteurs des milieux universitaires, enseignants et étudiants notamment, ont pu exercer sur la construction de l’identité nationale des états indépendants comme le Dahomey-Bénin (Hounzandji, 2021), la Côte d’Ivoire (Zinsou, 2009) ou le Nigeria (Livsey, 2017); sur des notions d’émancipation radicale à l’ére de la guerre froide (Monaville, 2022); et sur l’africanisation et/ou la décolonisation de ces espaces et leurs cursus (Mbembe, 2016; Nziem, 2018; Nyamnjoh, 2019; Aidi, 2020). D’autres se sont penchés sur les inégalités genrées reproduites au sein de ces institutions – et donc des visions de l’Afrique qu’elles perpétuent (Mama 2003; Diaw 2007; Assié-Lumumba 2013). Les mutations institutionnelles et pédagogiques récentes liées à l’adoption du système Licence-Master-Doctorat (LMD) en région historiquement francophone du continent ont également inspiré des études qui se sont penchées sur les problèmes concrets que soulève la mise en œuvre du LMD dans les universités africaines francophones ainsi que les réformes qu’elle a induites (Charlier, Croché & Ndoye, 2009). D’un autre point de vue plus théorique et dans le sillage de V.Y. Mudimbe (1982), Felwine Sarr pointe l’aliénation dont demeurent victimes les universités (publiques) africaines transformées en instruments de « reproduction et de perpétuation d’une vision de l’Afrique fabriquée ailleurs » (2016 : 119).  

Quelles que soient les orientations de ces études, il reste que l’université africaine, au regard de ses règles de fonctionnement et des corps constitués qui la font mouvoir, s’appréhende comme une organisation (Crozier et Friedberg, 1977) et un champ (Bourdieu, 1984). D’où l’urgence, dans notre appel, de réfléchir sur des exemples précis du vécu quotidien, débrouillard, et plurilingue dans ces espaces, et les contradictions manifestes des efforts à y « décoloniser l’esprit » (Thiong’o, 2011).  

Aux côtés des autres groupes sociaux (enseignant.e.s, personnel administratif, prestataires de services…), les étudiant.e.s constituent une composante toute singulière, non seulement à cause de leur importance numérique écrasante, mais aussi parce que leur statut d’apprenants se double, paradoxalement, d’un énorme potentiel d’initiatives et d’actions craint ou, tout au moins, reconnu et respecté par les autres. Enserrée dans les limites de la scène pédagogique, située en marge d’elle voire parfois carrément dégagée de son emprise, l’activité impliquant la composante estudiantine devient un éminent lieu d’expression de sa créativité. Pour les jeunes en formation, le campus réunit à une période de vitalité un espace d’expression de leur potentiel créatif. Les objets et secteurs auxquels s’appliquent ces composantes de la créativité touchent tant à l’activité pédagogique, qu’à des activités récréatives ou de survie quotidienne, dans un environnement où, en règle générale, (dé)passer une journée relève bien souvent d’une véritable épreuve de vie. De ce point de vue, chaque campus universitaire devient un fécond champ de vie créative déployé en plusieurs espaces d’expression pour des étudiants qui interagissent entre eux mais aussi avec les autres protagonistes de la vie universitaire ou, depuis l’université, avec les acteurs de la vie sociopolitique. Ainsi, la vie créative sur les campus rassemble des activités par lesquelles les étudiants, mis en relation (in)formelle avec les formateurs, responsables académiques, personnel administratif et technique, prestataires de services marchands, partis politiques, associations sans ou à but lucratif, milieux entrepreneuriaux, se débrouillent pour trouver, aux problèmes concrets structurels qui se posent, des réponses et solutions inhabituelles voire originales d’autant qu’elles abolissent parfois même les frontières entre le pédagogique, le social, le culturel et l’artistique pour créer une perméabilité de ces secteurs. La vie créative apparaît à la réalité comme tout un microcosme de temporalités, de formes créatives portées et encadrées tantôt par des organisations d´étudiant.e.s ou par des structures intégrées aux dispositifs pédagogiques ; tantôt issues de la spontanéité du quotidien de la vie estudiantine. 

Devenant dans tous les cas des acteurs stratégiques entrant en relation avec les autres composantes du champ universitaire sous des formes de coopération où les collaborations tout comme les conflits ont leur place, les étudiant.e.s sont  organisés en de puissantes fédérations et associations syndicales plus ou moins rivales (FECI1 en Côte d’Ivoire ; FNEB2, UNSEEB3 et UNEB4 au Bénin ; ADDEC5 au Cameroun, Amicales des étudiants au Sénégal), en associations artistiques et culturelles, en associations de développement local ou communal, en entités ethnico-linguistiques…. Ce foisonnement et ce dynamisme associatif forment le terreau qui génère et sustente des foyers polyvalents de vies créatives en syndicalisme et militantisme politique (création et animation de cellules de partis politiques), en sécurité et en gardiennage (corps des étudiants agents de sécurité), en artisanat (ateliers de couture, de coiffure, de photographie…), en littérature (rédaction de recueil de poèmes ou de nouvelles, de romans, de pièces théâtrales, performance de slam), en communication (création et animation sur les campus de journaux, de stations radiophoniques, de médias sociaux…), en activités sportives (handball, football, basket-ball…), en micro-services d’entraide sociale (tontines, distribution de vivres à l’instar de l’Association des Délayeurs Nocturnes sur le campus de l’Université d’Abomey-Calavi), en arts (théâtre, danses et chorégraphies, musique, cinéma…), etc. A l’Université Cheikh Anta Diop au Sénégal par exemple, le club estudiantin « Ciné-UCAD » s’est illustré dans la première décennie des années 2000 par des productions vidéo tels que La Fac de lettres ou la lumière à l’épreuve de la violence et La cité Claudel. Pour regarder plus loin, il est d’ailleurs arrivé que certaines formes artistiques issues de la vie créative s’exportent du micro-espace du campus pour acquérir une notoriété transnationale. On peut penser à l’explosion du zouglou à la fin des années 1980, mouvement philosophique s’exprimant à travers la poésie, la musique et la danse, qui a mis en lumière la vie créative dans les cités universitaires d’Abidjan mais qui a fini par avoir une audience désormais continentale (Adom, 2018). Inversement, la vitalité des vies créatives estudiantines nourrit l’inspiration des écrivains et créateurs, comme on le voit au Cameroun avec le roman Le cimetière des bacheliers (1999) de François Nkeme, et la série de courts métrages Cite U Ngoa réalisée entre 2019 et 2021 par Vladimir Ken, ainsi qu’un corpus foisonnant de romans et de films émanant des pays anglophones (Gulick 2023). Evoqués entre autres, ces cas de figure apparaissent comme des prétextes tout trouvés pour réfléchir, dans le cadre de ce colloque, à comment de telles initiatives peuvent contribuer à (re)penser l’université.      

Parallèlement à ces activités para-académiques des apprenants, les formations officielles reçues dans les écoles, facultés et instituts sont aussi des sources d’initiatives, certes moins diversifiées, mais parfois similaires (création théâtrales) ou souvent spécifiques (expositions d’œuvres plastiques, ateliers d’écriture…) quand elles ne font pas des apprenants d’astucieux « génies en herbe » capables de réflexions scientifiques (production de mémoires et thèses) et d’inventions originales (machine à dépolluer les eaux sales ; dispositifs de lavage de mains approvisionnés en énergie solaire ; recyclage de sachets plastiques…). D’envergure micro, ces activités –ou certaines d’entre elles –s’étendent au niveau méso (participations à des festivals estudiantins sous-régionaux comme ceux des Clubs Unesco) ou macro (participations à des festivals ou à des concours d’art oratoire à l’échelle internationale). Elles lèvent un coin du voile sur les passerelles entre les universités africaines et les sociétés globales, où se posent des problématiques plus vastes telles que l’adéquation entre les formations reçues et le marché de l’emploi, les réponses possibles aux questions environnementales, etc..  

En choisissant de susciter des réflexions sur « Universités et étudiant.e.s en Afrique : dynamiques, discours et représentations », le colloque provoque quelques questions : quelles sont les contributions significatives des « vies créatives » estudiantines aux configurations originelles et successives des universités africaines ? En quoi les modalités d’élaboration et le contenu des politiques et stratégies de construction/diffusion du savoir dans les universités africaines portent-elles leurs empreintes ? Sous quelles formes artistiques ou discursives s’expriment les aspects variés constitutifs de la vie sur les campus africains et des dynamiques interrelationnelles dont ils sont les points de départs ou de déploiement ?   

Avec l’ambition d’organiser des échanges interdisciplinaires autour de ces questions, le colloque appelle toutes propositions de communication (en français ou en anglais) pouvant nourrir l’un des axes suivants : 

 Axe 1 : Constructions des savoirs : politiques et stratégies 

Ici, sur un plan plus synchronique, en ce qu’il touche au présent des activités, seraient abordées les questions des contenus de formation et politiques d’élaboration des savoirs et savoir-faire et leurs perceptions par les apprenants; la diversité épistémique et l’intégration des savoirs endogènes (la Boologie au Bénin, par exemple); celle des répercussions visibles/possibles à l’heure du LMD (exemple : pédagogie, fonctionnement des universités) ; les modalités des études (y compris l’accès aux matériaux d’apprentissage; les cultures du livre et de la lecture parmi les étudiant.e.s); l’influence cognitive des enseignements et l’influence normative de la vie des campus; la relation au politique pourrait être envisagée sous l’angle de la colonialité/ décolonialité et de ses expressions, et les expériences de cette relation université-politique (nationale/régionale/globale) vécues par des étudiant.e.s. 

Axe 2 : Activités estudiantines et développement durable 

Sur la base du volontariat, du mouvement associatif ou sur effet d’entraînement vers des travaux pratiques réalisés par leurs camarades de filières professionnelles, certains étudiants, démunis de gros moyens sans l’être d’ingéniosité et de détermination, initient des activités qui postulent l’amélioration du rapport à la nature et à l’environnement (recyclage de sachet plastique, maraîchage écologique, etc.). Cet axe du colloque permettra de passer au crible de l’analyse comment, tant par leur concept, leur mode opératoire que par leurs résultats, certaines activités estudiantines offrent des perspectives de réponses adéquates à la question urgente de l’écologie et du changement climatique. 

Axe 3 : Discours du réel et de la fiction 

A ce niveau, la thématique des vies créatives serait déclinée sous diverses formes possibles dont : quêtes/questions identitaires, mémoires (des événements de la vie des universités et de leurs acteurs, de la traite négrière…), fictions et leurs critiques, expressions artistiques (littérature, musique, poésie, danse, théâtre, arts plastiques, cinéma, espaces numériques, même internet etc.) et leurs réceptions sur les campus, tranches de vies, presse estudiantine (journaux, radio, télévision), jeux. Il sera question de la forme et du rôle social de ces œuvres, leur production et réception, et leurs dimensions esthétiques. Cet axe ne négligera pas non plus la question des rapports de l’université avec le monde politique et l’économie ; la question des liens avec les organisations syndicales, la question de la censure, celle des tentatives d’instrumentalisation ou de manipulation des responsables d’organisations estudiantines.  

Axe 4 : Le plurilinguisme et la traduction sur le campus universitaire 

Ici seront abordés des exemples et des études du plurilinguisme sur les campus et dans les représentations littéraires/cinématographique/artistiques de cet espace ; la présence de la traduction (formalisée ou informelle) dans ces espaces ; les cultures du texte imprimé/écrit et de l’oralité; les liens potentiels entre le plurilinguisme et la diversité épistémique pourraient être creusés, tout en prenant en compte la diversité méthodologique que tous ces axes nécessitent.

Cet événement fait partie du projet ‘AFRIUNI: Creative Lives of African Universities’ (2021–2026), financé par le Conseil de recherche européen (ERC). Ce projet en équipe prend pour objet les représentations culturelles de l’université en Afrique et l’expérience vécue des étudiant.e.s. Les quatre cas d’étude sont : l’Université Cheikh-Anta-Diop (Sénégal), l’Université Félix-Houphouët-Boigny (Côte d’Ivoire), l’Université Abomey-Calavi (Bénin) et l’Université Yaoundé I (Cameroon).
 

Calendrier et modalités de soumission des communications  

Les propositions de communication en français ou en anglais devront être adressées, jusqu’au 17 juillet 2023, à l’adresse suivante : afriunicolloque2024@gmail.com. Le résumé à soumettre ne dépassera pas 1500 caractères, espaces non compris. Il doit porter un titre lisible et les précisions de prénom(s), nom et institution de rattachement de l’auteur. Chaque résumé doit être suivi d’une note biographique d’au plus 1000 caractères, espaces non compris. Les contributions feront l’objet d’une double évaluation anonyme par le comité scientifique. Veuillez noter que des propositions de communication venant des étudiant.e.s sont encouragé.e.s et qu’il y aura également la possibilité des discussions en format table-ronde. Les réponses aux propositions seront communiquées le 10 août 2023. 

 

Frais d’inscription 

L’inscription à ce colloque est sans frais. Le déplacement et l’hébergement sont à la charge des participant.e.s. Nous disposons de quelques bourses qui peuvent aider à prendre en charge les frais de déplacement et de l’hébergement : merci de nous indiquer au moment d’envoyer votre proposition de communication si vous êtes intéressé.e.s par ce soutien financier. 

 

Comité scientifique: 

Professeur Marie-Clémence Adom (Université Félix Houphouët-Boigny, Côte d’Ivoire) 

Dr Blandine Agbaka (Université d’Abomey-Calavi, Bénin) 

Dr Alain Serge Agnessan (Université de Bristol, Royaume-Uni) 

Dr Ruth Bush (Université de Bristol, Royaume-Uni) 

Dr Finagnon André Gaga (Université de Bristol, Royaume-Uni) 

Dr Romain Dédjinnaki Hounzandji (Université d’Abomey-Calavi, Bénin) 

Dr Roger Fopa Kuete (Université de Maroua, Cameroun) 

Dr Albert Jiatsa Jokeng (Université de Maroua, Cameroun) 

Dr Monique Kwachou (Université de Bristol, Royaume-Uni) 

Dr Fernand Nouwligbèto (Université d’Abomey-Calavi, Benin) 

Dr Bacary Sarr (Université Cheikh Anta Diop, Sénégal) 

Professeur Valentine Ubanako (Université Yaoundé I, Cameroun) 

Comité d’organisation: 

Dr Blandine Agbaka (Université d’Abomey-Calavi, Bénin) 

Dr Ruth Bush (Université de Bristol, Royaume-Uni) 

Dr Romain Dédjinnaki Hounzandji (Université d’Abomey-Calavi, Bénin) 

Dr Fernand Nouwligbèto (Université d’Abomey-Calavi, Bénin) 

Professeur Brice Tente (Université d’Abomey-Calavi, Bénin) 

Professeur Mensah Wekenon-Tokponto (Université d’Abomey-Calavi, Bénin) 

Dr Vincent Atabavikpo (Université d’Abomey-Calavi, Bénin) 

Chronogramme: 

27 avril 2023 : lancement de l’appel à communications 

17 juillet 2023 : date limite pour l’envoi des propositions de communication  

10 août 2023 : envoi des notifications d’acceptation et de distribution des bourses 

31 septembre 2023 : diffusion du programme du colloque  

11, 12 et 13 janvier 2024: déroulement du colloque 

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